Conférence WWF/ROPPA dans le cadre de la 5ème foire agricole de la CEDEAO
Enjeux de la gouvernance de l’eau dans les zones humides de l’espace CEDEAO – Cas du bassin du fleuve Niger
Les enjeux de la bonne gouvernance des ressources en eau en Afrique de l’Ouest
Le secteur agricole de la CEDEAO emploie 60% de la population active et contribue pour 332% à la formation du PIB régional.
Malgré ce caractère agricole dominant de son économie, l’Afrique de l’Ouest n’a pas encore su valoriser tout le potentiel de ce secteur comme moteur de développement durable, et ce pour plusieurs raisons relevant principalement des politiques inadaptées.
Cependant, l’Afrique de l’Ouest devra nourrir une population de près 450 millions d’habitants en 2015 dont environ 62% vivra dans les villes.
Pour relever ce défi, la région devra entre autres accroître sa productivité et presque doublé sa production actuelle.
Pour ce faire, la maîtrise et la bonne gouvernance des ressources en eau s’avèrent essentielles. Les rendements de l’agriculture irriguée sont trois plus élevés que ceux de l’agriculture pluviale. Or l’Afrique de l’Ouest dispose d’un potentiel d’irrigation important qui reste très faiblement exploité (moins de 5% du potentiel comparé à l’Asie qui dépasse 17%). Aussi de nombreuses initiatives des paysans en matière de mobilisation et de gestion des eaux de ruissellement dans les champs ont montré tout le possible au plan technique à compenser la baisse tendancielle de la pluviométrie.
Depuis les années 1960, des organismes régionaux ont été créés dans les différents bassins hydrographiques pour assurer une gestion durable des ressources, notamment les ressources en eau, avec des résultats mitigés. Les différentes approches développées se sont avérés inappropriés pour impulser une gestion durable des ressources et des infrastructures socioéconomiques construites au fil des années.
Aujourd’hui le problème de la maîtrise et la bonne gouvernance des ressources en eau pour accroître la productivité et la production agricole recouvre plus que jamais d’importants enjeux pour les politiques de lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire dans la région.
C’est pourquoi la CEDEAO en collaboration avec le ROPPA a organisé deux conférences sur la problématique de l’eau lors de la 5ème foire agricole de la CEDEAO. La 2ème conférence qui fait l’objet de la note de synthèse ci-jointe, portait spécifiquement sur la gouvernance des ressources en eau dans le bassin du fleuve Niger.
Note de synthèse
En organisant une 2nde conférence sur la ressource en eau dans le cadre de la 5ème foire de la CEDEAO, l’ambition du ROPPA et WWF-WARPO était de créer un espace pour approfondir la question de la gouvernance de l’eau dans le cas spécifique du bassin du fleuve Niger. Il s’agissait de montrer l’importance du bassin du fleuve Niger pour les pays de la CEDEAO et les enjeux de sa bonne gouvernance pour en faire un espace de développement durable pour l’ensemble des communautés qui y vivent.
Cette conférence était aussi un espace d’information sur le processus d’implication de la société civile rurale dans la vision partagée de l’Autorité du Bassin du fleuve Niger (ABN), engagé par le ROPPA en collaboration avec WWF-WARPO.
Plus concrètement, la conférence visait à permettre aux différents groupes d’acteurs de l’espace CEDEAO de bien comprendre les enjeux de la vision partagée de l’ABN et les défis de la participation des organisations de la société civile rurale dans ce processus.
Le président du Comité Exécutif du ROPPA a remercié les représentants de la CEDEAO et de l’UEMOA pour l’intérêt qu’ils ont accordé à ces débats sur la gouvernance de l’eau dans le bassin du fleuve Niger. Il a réitéré les remerciements du ROPPA à l’ONG WWF-WARPO qui a engagé une collaboration avec le ROPPA sur un processus certes difficile, mais d’un enjeu très important. Enfin, le Président du ROPPA a également souligné le caractère stratégique des ressources en eau dans la sous région et son importance particulière pour les producteurs.
Les deux conférenciers de l’ONG WWF-WARPO, Mr Awaiss Boubakari Coordinateur régional et Mr Kiri Touano responsable chargé de la société civile, se sont attachés dans un premier temps à présenter le cadre juridique et institutionnel qui régie l’exploitation et la gestion des ressources du bassin du fleuve Niger. Ils ont notamment rappelé la convention Ramsar et ses différentes évolutions au niveau régional et dans les pays.
Leur communication a également fait le point sur l’importance sociale, économique et écologique du bassin du fleuve Niger. Il ressort que le bassin du fleuve Niger couvre 9 pays dont 7 sont membres de la CEDEAO (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria et Tchad). Il recouvre un potentiel agricole de 2,5 millions d’ha dont 20% est actuellement exploité ; un potentiel hydroélectrique productible de 30 000 GWH, dont 6 185 GWH sont exploités par an ; 7,5 tonnes de poisson par km de cours d’eau et par an ; 3 800 km du cours principal navigable.
Les orateurs ont aussi évoqué la multiplicité des acteurs socioprofessionnels qui vivent dans le bassin du fleuve Niger pour lesquels l’enjeu majeur est d’assurer la sécurité alimentaire.
C’est pour répondre à cet enjeu que l’ABN et ses différents partenaires ont décidé de mettre en œuvre une nouvelle gouvernance des ressources du bassin. La vision partagée ainsi définie comme un outil de développement durable s’articule principalement autour de 3 axes :
La conservation des écosystèmes du bassin ;
Le développement des infrastructures socioéconomiques ;
Le renforcement des capacités et la participation des acteurs.
Partenaire de l’ABN, l’ONG WWF-WARPO a opté de travailler avec le ROPPA pour assurer la participation des organisations paysannes et de la société civile rurale dans le processus de la vision partagée. Il s’agit pour le ROPPA et WWF-WARPO de trouver les mécanismes par lesquels, tous les citoyens et citoyennes du Bassin du Niger, sans exclusive, pourraient donner leurs avis sur les Programmes et Projets de développements dès leur conception jusqu’à leur mise en œuvre.
Cette participation des acteurs doit permettre de parvenir à des Choix d’options consensuelles de développement par la consultation de la population à la base à travers ses structures et organisations représentatives pour éviter la dégradation de l’environnement en général et des écosystèmes des zones humides en particulier.
Outre cet enjeu politique, les communicateurs de WWF-WARPO ont relevé que la participation des acteurs interpelle également les acteurs sur la légitimité des organisations qui seront appelées à les représenter.
Enfin, la communication a fait ressortir l’importance particulière des zones humides comme oasis de développement dans l’espace CEDEAO, évoquant ainsi la nécessité d’intégrer dans les politiques et programmes régionaux pour le développement durable, une approche de bonne gouvernance des ressources de ces zones humides. Pour ce faire, la participation des différents usagers des ressources du bassin à la base, reste une des conditionnalités à assurer.
Les interventions des participants qui ont suivies la communication ont trouvé plusieurs niveaux de convergence qui se résument aux principaux points ci-après :
1. Les problèmes récurrents liés à l’exploitation des bassins hydrographiques. Il ressort des différentes interventions, que beaucoup d’aménagements dans les bassins hydraulique de l’espace CEDEAO, parce qu’ils ne se sont pas appuyés sur un processus de concertation et de dialogue avec les usagers, ont créé des problèmes sociaux, économiques et environnementaux qui perdurent. Il s’agit notamment de l’expropriation des communautés locales, de l’utilisation des produits des aménagements aux seuls profits des populations urbaines (électricité, alimentation en eau potable…), des conséquences des flux migratoires de populations, des problèmes de gestion ou d’allocation équitable des ressources entre les différents groupes socioprofessionnels… 2. L’accès difficile des exploitations familiales aux aménagements agricoles. Les participants, notamment les délégués des différentes plates-formes nationales, ont relevé que de plus en plus les aménagements sont conçus avec une perspective de promouvoir un seul modèle d’exploitation agricole, l’agrobusiness. Ils ont souligné que ce modèle d’exploitation a cependant montré ses limite en terme de capacité d’adaptation aux contraintes de l’environnement de production, de durabilité et de création de revenus agricoles durables pour le milieu rural. Très souvent les petits exploitants familiaux sont exclus des zones aménagés, ou confrontés à des conditions d’exploitation qui ne leur permettent pas d’assurer la durabilité de leurs systèmes de production.
3. Le partenariat ROPPA/WWF, une expérience à valoriser sur d’autres bassins. Pour les délégués des plates-formes nationales, ce partenariat offre aux organisations paysannes et l’ensemble des acteurs de la société civile, une opportunité de participation qui pourrait désormais servir d’exemple en matière de gouvernance des ressources des bassins hydrographiques. Ce processus est une occasion pour elles d’assumer pleinement leurs responsabilités et interagir étroitement avec les autorités politiques pour définir les mécanismes appropriés de leur participation à la mise en œuvre de la vision partagée de l’ABN, et de programmes consensuels de développement. Aussi, les organisations paysannes doivent-elles s’engager fortement, pour mobiliser l’ensemble des usagers des ressources du bassin, les aider à comprendre les enjeux et exprimer leur vision et propositions. Les délégués des plates-formes nationales pensent que cette expérience doit être capitalisée et valorisée sur d’autres bassins hydrographiques de l’espace CEDEAO. 4. La responsabilité des usagers dans la gestion durable des ressources du bassin. La gestion durable des ressources en eau du bassin du fleuve Niger dépend prioritairement des pratiques et comportements des usagers eux-mêmes, vis-à-vis de ces ressources. Les plates-formes nationales et l’ensemble des organisations de la société civile rurale doivent partout, interpeller les usagers sur les mauvaises pratiques d’exploitation des ressources en eau et contribuer à promouvoir les bonnes pratiques.
Après les différentes questions et commentaires des participants, les responsables de WWF-WARPO et de la CEDEAO ont intervenus à nouveau pour apporter des éléments de réponses à certaines questions ou des informations complémentaires. Ainsi les différents les points ci-dessous ont été évoqués :
1. Programme de la CEDEAO sur le bassin de la Volta. Les participants ont été informés du déroulement d’un programme de la CEDEAO sur le bassin de la Volta. D’un coût de 10 000 000 € ce projet porte sur les problèmes environnementaux, le renforcement des capacités des usagers des ressources de ce bassin et la réalisation d’un certain nombre d’infrastructures socioéconomiques.
2. Autres interventions de l’ONG WWF-WARPO. En Afrique de l’Ouest l’ONG WWF-WAPO intervient sur plusieurs bassins et ce sur différentes thématiques liées aux ressources naturelles. Elle appui actuellement des communautés du bassin de la Volta au Ghana, dans la gestion des forêts. De manière générale, WWF-WAPO porte une attention particulière aux impacts environnementaux et sociaux liés à la construction des infrastructures hydrauliques dans les différents bassins. Elle s’investit beaucoup donc dans l’accompagnement des autorités des bassins et des communautés pour la réalisation d’études d’impacts avant la construction des ouvrages. Elle facilite également la concertation des acteurs et fait le plaidoyer pour la prise en compte des résultats des études d’impacts dans le processus de décision de construction des infrastructures. Dans ce cadre, un appui sera apporté à l’ABN pour réaliser des études d’impacts concernant différents projets de construction ou de réhabilitation de barrages dans le bassin du Niger tels les barrages de Kandagui, Tansar. Certains partenaires telle la BAD sont intéressés à soutenir la mobilisation des populations dans la réalisation et l’examen des études d’impacts. WWF-WARPO pense pouvoir impliquer le ROPPA dans cette dynamique au moment opportun.
A la fin de la conférence le président d’honneur du ROPPA, Monsieur Mamadou Sissoko, a fait la synthèse des échanges en relevant les principaux points de propositions ou d’interpellation concernant les plates-formes nationales, l’ABN et la CEDEAO.
1. La responsabilité et le partenariat entre les différents groupes d’acteurs. Les usagers des ressources du bassin doivent comprendre qu’ils ont tous le droit de donner leur point de vue dans le processus actuel de la vision partagée de l’ABN. Ils doivent également être capables de se mettre ensemble pour en discuter et faire des propositions consensuelles.
2. La mobilisation des plates-formes nationales. La responsabilité des plates-formes nationales membres du ROPPA est engagée. Elles doivent se mobiliser pour faciliter la compréhension, l’adhésion et la participation des usagers à la base dans le processus de la vision partagée. Les plates-formes nationales doivent saisir les différentes opportunités qui se présenteront à elles, pour suivre l’implication des usagers dans les différentes initiatives mises en œuvre dans le cadre de la vision partagée de l’ABN.
3. La nécessité du dialogue politique avec les autorités nationales et régionales. A travers le processus ROPPA-WWF-WARPO, les structures de représentation des usagers des ressources du bassin, notamment les organisations paysannes, doivent instaurer à terme un mécanisme de concertation et un dialogue politique permanent avec les autorités de l’ABN au niveau régional et dans les différents pays, en vue de la prise en compte de leurs préoccupations, leurs visions et propositions. Ce plaidoyer doit viser particulièrement l’amélioration de l’accès des exploitations familiales aux aménagements agricoles et autres produits tirés des infrastructures socioéconomiques construits dans le bassin.
4. Une approche sur la gouvernance de l’eau au sein de la CEDEAO. Les participants exhortent la CEDEAO à promouvoir une politique de gouvernance des ressources en eau basée sur la concertation et la participation des organisations des paysannes et de la société civile rurale. Ils souhaitent que la CEDEAO accompagne le processus d’implication des organisations paysannes et de la société civile dans la vision partagée de l’ABN et contribue à la valorisation des résultats de cette initiative au niveau des autorités des autres bassins hydrographiques en Afrique de l’Ouest.
Documents joints
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Note de synthèse (Word - 151 ko)

